Chapitre 2 - Vagues de rage et de souffrance

Elle nettoyait ses armes quand un nuage de sable attira son attention. Les huit guerriers Bêta passèrent les portes de la Citadelle Majeure et arrêtèrent leurs chevaux dans la cour. Parmi eux, une jeune femme aux cheveux rouges sang qui se tourna vers Aleksandryna lorsqu'elle arriva dans la cour.

- Eliza ! Viens, il faut que je te parle. Laisse ta jument à Thilbaut, il s'en occupera.

Elle tira la jeune femme par le bras pendant qu'un palefrenier amenait la jument aux écuries.

- Hey ! Calme-toi ! Qu'est-ce qu'il se passe ?

Aleksandryna soupira. Les deux filles s'assirent sur un rocher, face à l'océan de souffre qui couvrait le Tartare. Elles restèrent un moment silencieuses, jusqu'à ce qu'Eliza perde patiente et s'écrie :

- Bon, Aleksa, tu vas m'expliquer ce qu'il y a ? Ou tu compte rester silencieuse encore des heures ?

- Non, je ... Je cherchais le meilleur moyen de t'en parler.

- Et tu l'a trouvé ?

- Non. Je pense qu'il n'y en a pas. Elle prit une grande inspiration et lança d'une traite : Zeus, Héra et Athéna veulent que j'aille "sauver" les Humains.

Aleksandryna regarda avec anxiété la jeune femme aux cheveux rouges, dont l'expression était curieusement neutre.

- Et tu vas le faire ?

Aleksa secoua la tête.

- Je ne sais pas. Je rêve de les tuer, d'éliminer leur race corrompue et malsaine, mais... Cette mission représente mon Évaluation, et je m'entraîne depuis tellement longtemps à devenir Déesse à part entière... Si je manque cette opportunité, je ne pourrais jamais avoir une seconde chance.

Eliza avait gardé les yeux fixés sur l'océan et ne l'avait pas regardé une seule fois pendant qu'elle parlait. Après un moment de silence, elle se tourna vers la jeune femme aux cheveux violets qui la regardait avec appréhension.

- Tu hésite entre sauver les assassins de notre sœur triplée ou sauver ta place de Déesse Véritable, en somme.

Aleksa secoua la tête, une lueur de douleur dans ses yeux verts, qui étaient leur unique point commun. Elle ouvrit la bouche, mais sa sœur la devança :

- Tu me fais honte Aleksa. Tu aurais dû refuser immédiatement, tu n'aurais même pas dû hésiter ! Notre sœur s'est fait tuer par ces barbares, tu ne devrais même pas pouvoir imaginer les sauver !

Eliza se leva et se mis à hurler :

- Tu ne devrais pas ne serait-ce que songer à aider cette sous-race, tu devrais vomir rien qu'a l'idée de leur parler. Je te préviens, si tu accepte cette mission, ne viens plus me voir. Ma sœur ne sera pas une traîtresse.

Après un dernier regard dégoûté, elle tourna les talons et s'éloigna.

Aleksandryna resta assise un long moment après le départ de sa sœur. Le soleil avait disparu derrière l'océan de souffre quand elle reprit ses esprits. La jeune femme sécha les quelques larmes qu'elle avait laissées couler avant de se lever et de se rendre à la Caserne, lieu de vie des guerriers. Elle évita le réfectoire, et se rendit dans la salle d'entraînement réservée aux Alphas.

Pour entrer, elle leva son poignet orné de glyphes argentés devant la fenêtre noire gravée sur la porte, et celle-ci se déverrouilla.

À peine entrée, Aleksandryna ouvrit les doigts et deux longs katanas verts émeraude surgirent de ses poignets. Elle se dirigea vers une pièce vide, aux murs noirs recouverts de signes rouges. Elle ferma les yeux, et la salle, comme réagissant aux humeurs de son occupante, changea soudainement de décor.

Elle se trouvait à présent dans un désert de diamants, au sud de la capitale divine. Les Vampyres, créatures d'Hadès, se regroupaient au fond du désert, loin devant elle. Aleksandryna ferma les yeux, laissant le vent qui soufflait sur son visage emporter au loin ses ennuis. Elle resta un long moment dans cette position, les yeux fermés, campée sur ses jambes légèrement écartées, le corps tendu dans l'attente du combat, les mains fermées sur ses katanas verts. Elle resta ainsi jusqu'à ce que le vent lui apporte les cris des Vampyres la chargeant.

Elle était seule devant une armée d'êtres redoutablement repoussants, mais elle n'avait pas peur. D'abord parce qu'elle savait que c'était une illusion, et ensuite parce que la mort lui avait toujours parue surfaite. Inutile. Impossible. Elle était une déesse, et les déesses ne meurent pas. En théorie.

Les Vampyres furent sur elle en un clin d'œil. Aleksandryna ouvrit les yeux au moment où l'un d'eux, sans doute le chef, leva sa hache aussi mal faite que lui, dans le but de la tuer. Il ne comprit pas pourquoi son arme ne rencontra que du vide. Il ne comprit pas plus pourquoi une lame lui sortait de l'abdomen. Il s'effondra avec un air incrédule sur le visage.

La jeune déesse aux cheveux violets avait entamé cette danse qu'elle connaissait si bien, et qu'elle adorait. Les katanas verts filaient si vite qu'on ne voyait plus qu'un reflet avant qu'ils ne s'enfoncent dans quelque chair tendre de Vampyres qui traînaient par là. La danseuse n'avait pas de partenaires, et dans ce numéro là, les Vampyres faisaient office de jeunes bleus qui tentaient de reproduire les pas sans y parvenir. Ils tombaient comme des mouches sous les coups de la déesse.

Le combat prit fin, bien trop vite au goût de la jeune femme. Quand la salle redevint noire, Aleksandryna était en sueur, mais pas calmée pour autant. Son corps réclamait un autre combat, un vrai cette fois. Un combat qui lui permettrait d'étouffer sa culpabilité, de venger celle qui lui manquait tant. Galaniya. Sa sœur.

Lorsqu'elle sortit de la salle, perdue dans ses pensées moroses, elle manqua se cogner contre un jeune homme qui semblait l'attendre. Elle le regarda de travers. Les yeux bleus glacés de son demi-frère ressortaient étrangement sur sa peau pâle, et sa bouche rosée lui donnait un air efféminé qui lui avait valu nombre de moqueries. Le fils d'Arès ne pouvait pas ressembler à une fille.

- Père te demande, Aleksandryna. Il t'attend dans son bureau.

La déesse plissa les yeux :

- Et pourquoi veut-il me voir ?

- Pour te donner une mission, voyons ! Pourquoi te demanderai-t-il, sinon ? Tu es loin d'être sa préférée ! Rétorqua le jeune homme avec un sourire suffisant. Et puis, honnêtement, qui voudrais de toi ? Même tes triplées ont préféré s'éloigner de toi !

- Qu'est-ce que tu racontes, Mathias ? Elles ne se sont pas éloignées ! Gala est ...

- Morte, oui. La coupa Mathias. Mais à ton avis, pourquoi a-t-elle préféré mourir ? Pour ne plus te revoir, toi et ta dépendance ! Tu la collait trop, elle en a eu marre ! Et Eliza .... Elle te hait, parce qu'elle sait que c'est de ta faute si notre chère sœur est morte !

Aleksandryna ne réfléchit pas. Son cerveau s'était mis sur pause, saturé de haine et de doutes. Ses instincts prirent le dessus. Et, malheureusement pour Mathias, c'était des instincts de guerrière.

Dans les couloirs de la Caserne, le soldats purent assister à un vol plané spectaculaire du fils d'Arès, puis à une sortie, toute aussi spectaculaire, de la fille des Dieux de la Guerre. Ses yeux émeraude scintillant de rage, les mains illuminées par une magie qu'elle ne comprenait pas, Aleksandryna sortit comme une Furie de la salle d'armes des Alphas pour se diriger droit vers le palace de son père.

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